Le 13 octobre, Yahoo! lançait un site destiné à démocratiser sa messagerie, via une carte interactive : Visualizing Yahoo!. Celle-ci permettait de visualiser en temps réel les mots les plus employés par ses usagers. Une opération marketing pour laquelle Yahoo! assure lire uniquement l’objet du message. Ouais, sauf que Yahoo! peut aussi lire l’intégralité des mails…
Lire : non, scanner : oui !
Interrogé, Yahoo! refute le terme «lire» mais reconnaît toutefois l’existence de cette pratique, explique owni. Pierre Landy, responsable juridique de Yahoo! Europe, parle de «systèmes automatiques» – des programmes si vous préférez – qui «scannent et analysent l’ensemble des messages envoyés et reçus d’un compte utilisateur». Tout y passe : de la pièce jointe à l’objet en passant bien évidemment par le corps du texte. L’analyse est effectuée par des robots, aucune intervention humaine n’est nécessaire. Un processus encore un peu flou, mais cependant présent parmi toutes les messageries gratuites !
Gmail par exemple, concurrent spécialisé en correspondances numériques, fonctionne à l’identique. La totalité du contenu des messages de ses usagers est automatiquement scannée et analysée, de façon à dégager des «mots clés».
«Google analyse le texte des messages Gmail afin de filtrer les spams et détecter les virus. Le système de filtrage Gmail permet également d’analyser les mots clés contenus dans les e-mails afin de cibler l’audience des annonces diffusées », dixit les trois dernières lignes du paragraphe «Publicité et confidentialité» des Conditions générales d’utilisation.
Vaincre le mal par le mail…
Un procédé tout à fait légitime selon Yahoo! et Google, et qui «permet de bloquer près de 550 milliards de spams atterrissant dans les boîtes mails de nos utilisateurs chaque mois dans le monde, soit aux alentours de 1800 mails par utilisateur», explique Pierre Landy de Yahoo! Europe.
Cette analyse permet donc d’identifier les centres d’intérêts des utilisateurs, et en l’occurrence d’optimiser la pertinence des annonces en leur proposant une publicité adaptée. C’est ce qu’on appelle «la publicité contextualisée».
L’application «Visualizing Yahoo!» semblait quant à elle apporter un élément de réponse à propos de la légalité de cette pratique : l’onglet «What an I seeing», juste en dessous du fil de mots clés, informe sur le fait que les données n’ont pas été utilisées en Italie, au Royaume-Uni, en Espagne, en Allemagne et en France.
Le droit européen : «forteresse» aux scans ?
En tout cas au moins quant à leur diffusion… Un point de vue conforté par le Contrôleur européen de la protection des donnés qui, contacté par OWNI, estime que «le système de scan implique une potentielle violation de la confidentialité des correspondances». Soit une violation d’un droit fondamental de la Charte européenne des droits de l’Homme.
Pierre Landy de Yahoo! Europe, affirme quant à lui que la collecte des donnée est légale : «le projet a été initié aux États-Unis et il n’est pour le moment pas prévu de le déployer localement dans d’autres pays (…) Ceci explique que les données relatives à la France, l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni, si elles sont effectivement collectées n’y sont pas présentées.»
En effet, une directive adoptée en 2002 par le Parlement européen n’interdit pas l’analyse des contenus, mais contraint les sociétés à informer l’usager sur cette pratique. Un complément en somme à la directive 95/46/CE, texte de référence en termes de protection des données personnelles.
Aussi, l’internaute devrait bénéficier de la possibilité de décliner ce service.
Oui mais…
Constitué en 2006, un autre groupe de travail européen a légitimé le scan, appelé «filtrage» dans le texte de loi, relatif aux spams massifs. Jugé nécessaire et de surcroît robotisé puis consenti par l’utilisateur au moment de son inscription, ce type d’analyse n’est pas compromis par la justice européenne.
Selon Cédric Manara, spécialiste du droit sur Internet «cette loi dit que si l’on collecte des informations, il faut que l’utilisateur soit informé, qu’il accepte le principe et qu’il soit informé des conditions dans lesquelles les données seront utilisées».
Voilà, maintenant vous comprenez mieux l’importance du «J’accepte» sur lequel vous cliquez sans trop de conviction au moment de la création d’un compte Yahoo! Mail ou Gmail. Si vous ne pouvez toujours pas désactiver le scan, vous pouvez toutefois vous rabattre sur les publicités contextualisées.













