Orange fait sonner la fin du cuivre !

Orange fait sonner la fin du cuivre !

La fibre n’est pas encore pleinement déployée qu’Orange annonce déjà la fin du cuivre. Comment cette fin de service annoncée va-t-elle s’opérer et quid du devenir des actuels abonnés au RTC et à l’ADSL? Choisir.com vous répond.

 

Cinquante ans après son déploiement tous azimuts, le bon vieux réseau cuivre, celui-là même qui nous a permis de téléphoner durant tant d’années via la prise T de nos logements puis à véhiculer le signal ADSL, s’apprête à prendre sa retraite. Dans son plan stratégique « Engage 2025 », l’opérateur historique Orange a déployé un calendrier précis de démantèlement du réseau dont il conserve pour l’heure l’entière propriété et la charge de l’entretien. Cela signifie-t-il la fin de la téléphonie fixe ? Demain, la fibre aura-t-elle supplanté le cuivre sur 100 % du territoire ? Quels changements cette semi-révolution va-t-elle bien représenter pour les 20 millions de foyers français ?

 

En finir avec l’existence d’un « double réseau » 

En même temps que le nouveau réseau fibre émaille une portion de plus en plus large du territoire et à l’heure à laquelle près de la moitié des foyers français y a désormais accès, il en découle une autre réalité économique : dans de nombreux quartiers, il existe aujourd’hui deux réseaux à entretenir. D’autant plus que le bon vieux réseau cuivre, vieillissant, coûte de plus en plus cher.

Rapporté à la ligne, de l’aveu même d’Orange, le coût augmente de 10% par an en moyenne. « A un certain moment, ce n’est tout simplement plus rentable », abonde même dans Les Echos le directeur technique du premier opérateur français. Conscient de cette spécificité, le gendarme des télécoms, l’ARCEP admet volontiers qu’ « il ne s’agit pas de surinvestir [dans le cuivre] dont la durée de vie est désormais limitée ».

 

Un décrochage qui a déjà commencé

 

Bien avant l’annonce d’Orange en décembre dernier, le lent processus de démantèlement du cuivre a pourtant bel et bien commencé. Depuis quelques années déjà, l’ex France Télécom progressivement rejoint par ses homologues, ne propose plus la possibilité à un abonné de souscrire à une offre ADSL si le foyer est déjà raccordable à la fibre. Un deuxième palier a pourtant été franchi en novembre 2018. A cette date, Orange annonçait mettre un terme à la commercialisation de son cœur de métier historique : l’offre de téléphonie à l’ancienne (analogique, dite RTC) pour les particuliers. Seules les lignes existantes peuvent par conséquent continuer à en bénéficier. Il en est désormais de même pour les professionnels depuis le 15 novembre dernier. De fait, lors d’ouvertures de lignes, seul le nouveau protocole par IP est aujourd’hui proposé. Une petite révolution qui appelle à un changement bien plus radical encore.

 

Un démantèlement progressif et par palier

 

Si les abonnés actuels peuvent encore de facto continuer à utiliser et à bénéficier du modèle de téléphonie d’antan (dite RTC), Orange vient de réaffirmer son ambition de fermer complètement le cuivre dans un délai plus ou moins court. Lors de la présentation de son plan stratégique « Engage 2025 », il a ainsi maintenu son objectif de fermer le réseau cuivre (abonnements à la téléphonie classique mais aussi ADSL) à partir de 2023 pour les premiers foyers. Des foyers qui ont d’ores et déjà été informés de cette fin programmée de leurs services depuis 2018, comme l’impose la loi qui prévoit un délai minimum de 5 ans entre l’annonce de la sortie du cuivre et le moment où elle se déroule vraiment. Un délai qu’Orange voudrait bien voir raccourcir. Car, au-delà de 2023, l’opérateur a annoncé vouloir accélérer la fin du cuivre pour 100 % du territoire d’ici à 2030. A cette date, le décommissionnement du cuivre devrait être totalement achevé. Concrètement, dès lors qu’un foyer se verra débranché du réseau historique, exit la fameuse prise en T, il se verra proposer un nouveau raccordement et un petit boitier à interposer entre la prise et le téléphone. Pour ceux qui auront conservé leur bon vieil abonnement ADSL, la box sera alors branchée sur le câble de la fibre pour un meilleur service. Orange indique en tout cas avoir commencé à compacter et retirer 80 000 tonnes de cuivre de son réseau lors des quatre dernières années. « A un certain moment, ce n’est tout simplement plus rentable », martèle l’entreprise désireuse de parvenir à un modèle 100 % fibre.

 

La fibre : un réseau beaucoup plus performant 

 
Avec un coût moyen d’entretien de 500 millions d’euros par an rien que pour le cuivre, on comprend mieux l’empressement d’Orange. D’autant plus que la fibre a de nombreux atouts pour elle. Plus récente, elle serait surtout d’après l’opérateur moins vulnérable à l’humidité et son réseau serait aussi beaucoup plus robuste. Le premier fournisseur d’accès à Internet tablerait ainsi sur un nombre de dysfonctionnements divisé par 2 au regard du cuivre. Pourtant, du côté de l’usager, le gain est aussi réel. La fibre promet des gains moyens de débit de l’ordre de cent à mille fois supérieurs à l’ADSL. Avec un débit montant largement boosté ainsi qu’un temps de latence considérablement réduit, ce sont de nouveaux usages de l’Internet qui ont toutes les chances d’aboutir : maison connectée et pilotage à distance en première ligne… La communication de l’opérateur historique met notamment en exergue le gain potentiel espéré par les foyers situés en zones semi-urbaines ou semi-rurales. Là où le signal s’affaiblit considérablement avec la distance sur les lignes en cuivre, la fibre a pour propriété de peu dégrader la qualité du signal reçue en fonction de la distance entre le nœud de raccordement et le domicile du client.
 

De quoi laisser vraiment espérer à un territoire 100 % couvert d’ici une dizaine d’années ?

 

Un territoire 100 % couvert d’ici à 2030 ?

En 2013, un gigantesque chantier officiel était lancé et promettait le très haut débit partout en France dès 2022. Depuis, les prétentions ont été revues à la baisse et la Cour des Comptes a elle-même estimé que le coût des travaux serait d’environ 15 milliards d’euros supplémentaires, comparés aux 20 prévus initialement. Il convient de rappeler que le déploiement de la fibre optique repose sur de nombreux réseaux d’initiative publique, et donc financés par l’Etat et les collectivités locales, là où la densité de la population ne convainc pas les opérateurs à déployer un nouveau réseau. Un chantier titanesque qui laisse certains circonspects. Emmanuel Macron lui-même estimait en 2017 qu’il « ne faut pas mentir aux gens », semblant balayer d’un revers de main l’hypothèse d’un territoire fibré « jusqu’au dernier kilomètre, dans le dernier hameau ». En tout cas pas avant plusieurs décennies. En réalité, l’objectif n’est plus tant aujourd’hui de fibrer tout le territoire que de lui offrir une solution de très haut débit notamment grâce à un mix de technologies. Pour ce faire, les regards sont notamment tournés vers la 4G et bientôt vers la 5G. La cinquième génération de technologie mobile, de par ses performances, laissent beaucoup à espérer pour les territoires ruraux qui ne seraient pas encore immédiatement raccordés par le réseau fibré.

Aujourd’hui, les plus grands opérateurs (en passant par Free), se mettent tous à raccorder des box 4G/5G. Encore, faut-il que les zones blanches propres à la téléphonie mobile aient toutes disparu… Autant de zones d’ombre qui peuvent laisser à penser que le bon vieux réseau cuivre n’aura peut-être pas encore totalement disparu du territoire français en 2030. Avant cela, Orange risque aussi de devoir faire face à de nombreuses poches de résistance.

 

La fin du téléphone fixe ?

 

La fin du cuivre n’est en effet pas sans susciter quelques inquiétudes de la part des 20 millions de foyers français encore dépendants pour la moitié d’entre eux du cuivre pour téléphoner ou accéder à l’ADSL. Et parmi eux, nul doute que des familles peu technophiles ne franchiront le pas que contraintes et forcées. L’opérateur historique le sait et a donc décidé de procéder par étapes. La vieille téléphonie fixe par RTC (sans box ADSL) a certes cessé d’être commercialisée sans pour autant mettre un terme à tous les abonnements en cours et déjà souscrits. Dans de nombreux quartiers du territoire, le réseau fibre cohabite aujourd’hui avec le cuivre. Plus que le fait d’acter la fin d’une technologie, Orange devra aussi faire preuve de pédagogie. « Ce n’est pas la fin du fixe [mais] sa modernisation », insiste l’opérateur. A partir de 2023, lorsque les premiers foyers seront déconnectés du cuivre, l’association de consommateurs Que Choisir croit ainsi savoir que les actuels abonnés au RTC pourront alors opter pour un petit boîtier sans obligation d’y connecter un ordinateur ou d’opter pour un forfait plus cher.

 

La marche forcée des abonnés à l’ADSL
 

Si le sort des abonnés au fixe par RTC reste encore à préciser lorsque le décommissionnement sera acté, celui des abonnés à l’ADSL ne fait plus guère de doute : ce sera la marche forcée vers la fibre. A la clé, chaque client devra aussi opter pour l’une des nouvelles formules d’abonnement de son opérateur. Sauf que la fibre est généralement vendue un peu plus chère que son homologue ADSL : comptez ainsi deux euros de plus chez Bouygues Telecom, cinq euros chez Orange ou SFR et même dix euros chez Sosh en passant par sept du côté de Red by SFR. Seul Free propose en réalité les deux technologies sans différenciation tarifaire. A la nuance que l’ensemble des forfaits proposés au catalogue ainsi que leur box associée ne sont pas forcément tous compatibles avec l’ADSL. Abonnés à la Freebox Crystal, passez votre chemin, vous devrez ainsi forcément opter pour la Freebox Mini 4K moyennant un surcoût mensuel de 10 euros. De fait, plus que l’installation en elle-même, chaque fournisseur risque bien de voir ses fameux revenus moyens par abonné croître de manière substantielle.

Sandra F.