Comment le Covid-19 a-t-il permis d’accélérer la mobilité durable ?

mobilité durable

C’est non-discutable. L’épidémie de coronavirus a bouleversé les habitudes des Français. Notamment, elle a changé leur rapport à la mobilité. Plus frileux vis-à-vis des transports publics, ils changent leur manière de se déplacer. Et le gouvernement l’a bien compris. Voiture électrique, vélo, celui-ci multiplie les plans soutiens en faveur d’une mobilité plus durable. Choisir.com fait le point avec vous sur ces évolutions.

 

Une perte de vitesse des transports en commun

 

Malgré le déconfinement, les Européens continuent à bouder les transports en commun. Selon l’Union Internationale des Transports Publics (UITP), la réduction de la fréquentation des transports dans certaines villes européennes atteint plus de 85 %. La France ne fait pas exception, d’après France Info, Paris enregistre une chute de 70 % du recours aux transports publics. Loin de la capitale, la situation reste la même, à Toulouse et Marseille, 50 % des usagers ont déserté.

Cela peut expliquer par plusieurs facteurs :

  • Le maintien du télétravail dans de nombreuses entreprises ;
  • La baisse drastique du tourisme ;
  • Le choix d’une mobilité alternative pour se protéger contre le coronavirus.

En effet, la peur de la contagion demeure présente et les usagers des transports publics se tournent vers d’autres modes de déplacement. Selon un sondage CSA : «Dans ce contexte, plus de deux utilisateurs de transports en commun sur 10 (22 % pour les utilisateurs du métro / RER) ne comptent pas les réutiliser après le confinement, essentiellement au profit de la voiture, pour 70 % d’entre eux.»

 

Un plan de relance en faveur de la voiture électrique

 

Conscient des changements qu’induiraient le coronavirus et pour soutenir les ventes de voitures, le gouvernement a lancé un plan de relance automobile important le 26 mai 2020.

Toutefois, pour allier mobilité et environnement, celui-ci est davantage tourné vers les voitures électriques et hybrides. En effet, s’il on en croit le Ministère de la Transition Écologique et Solidaire : ce sont « 2 à 6 fois moins d’émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule électrique par rapport à un véhicule thermique ». D’autre part, à condition de bien choisir son abonnement à l’électricité, la voiture électrique reste bien plus économique. Pour réaliser 100 km, il faudra dépenser plus de 7 € avec une voiture thermique, contre 2 à 3 euros avec une voiture électrique.

Afin d’inciter les Français à s’équiper, le gouvernement à fait évoluer certaines aides, à savoir :

  • La prime à la conversion, dont il a modifié les seuils d’attributions ;
  • Le bonus écologique dont il a relevé le montant.

Découvrons ensemble leurs montants et modalités d’octroi.

La Prime à la conversion

La prime à la conversion apporte une aide financière d’un montant maximum de 5 000 € aux Français désirant acheter un véhicule neuf ou d’occasion. En contrepartie, les consommateurs s’engagent à mettre leur vieux véhicule à la casse. Son montant est de 5 000 €, il varie en fonction des ressources du ménages selon un barème mis en place par le gouvernement. Suite à la crise du coronavirus, l’État a décidé de remonter les plafonds de la prime à la conversion entre juin 2020 et décembre 2020.

Montant de la prime à la conversion en fonction du revenu fiscal du ménage
Date de l'achatDe Juin 2020 à Décembre 20202021
MontantRevenu fiscal de référence (avis d'imposition 2019 sur vos revenus de 2018)Revenu fiscal de référence (avis d'imposition 2020 sur vos revenus de 2019)
2 500 €Supérieur à 18 000 €Supérieur à 13 489 €
5 000 €Inférieur ou égal à 18 000 €Inférieur ou égal à 13 489 €

Pour en bénéficier, le véhicule repris et le véhicule acheté doivent répondre à certaines caractéristiques. Tout d’abord, le véhicule repris doit :

  • Appartenir au conducteur depuis un 1 an ou plus ;
  • Avoir été immatriculé en France (sauf immatriculation provisoire) avant une certaine date (voir tableau suivant) ;
  • Ne pas être « sous gage » ;
  • Ne pas être endommagé au sens où l’entendent les assurances, c’est à dire présentant des dégâts importants impliquant le retrait de la carte grise ;
  • Être emmené pour destruction dans les 90 jours précédant ou les 180 jours suivant l’achat du nouveau véhicule.
Prime à la conversion Juin 2020 à Décembre 2020Prime à la conversion 2021
Véhicule DieselVéhicule EssenceVéhicule DieselVéhicule Essence
1re immatriculation avant janvier 20111re immatriculation avant janvier 20061re immatriculation avant janvier 20061re immatriculation avant janvier 1997

Concernant le nouveau véhicule, le propriétaire peut opter pour :

  • Un véhicule électrique, hydrogène ou hybride rechargeable rejetant moins de 50 g CO2 /km ;
  • Les véhicules classifié Crit'Air 1 ou Crit'Air 2 immatriculés après le 1er septembre 2019.

D’autre part, celui-ci doit être immatriculé en France, rester moins cher que 60 000 € . Enfin, le propriétaire ne pourra le vendre durant les 6 mois suivant son achat, ni avant que la voiture ait enregistré 6 000 km au compteur.

Le Bonus Écologique

Suite à l’épidémie, le montant maximum du bonus écologique a été relevé de 6 000 € à 7 000 €. Mis en place par l’État, il permet de financer en partie l’achat de véhicules neufs peu polluants.

Barème du bonus écologique pour les particuliers – 1er juin 2020
Prix du véhiculeVoiture électriqueVéhicule utilitaire électrique ou voiture hydrogène
< 45.000 €7.000 €
45.000 – 60.000 €3.000 €
> 60.000 €0 €3.000 €

Pour être éligible, le véhicule doit répondre aux critères suivants :

  • Émettre moins de 20 g/km de CO2 pour une voiture électrique ;
  • Émettre moins de 50 g/km de CO2 pour une voiture hybride rechargeable ;
  • Être neuf ;
  • L’immatriculation doit être faite en France dans une série définitive.

Ensuite, il faut savoir que le véhicule ne pourra pas être revendu dans les 6 mois suivant son achat ni avant de présenter 6 000 km au compteur.

La plupart du temps, il n’est pas nécessaire de faire une demande de bonus écologique auprès de l’Agence de services et de paiement (ASP) de l’État. En effet, le bonus est avancé par le concessionnaire. Il est donc directement déduit du prix total de la voiture.

Au total, ce sont donc 12 000 € d’aides maximum pour s’équiper d’une voiture électrique. C’est sans compter les aides des collectivités locales. Mais, malgré l’impulsion lancé par l’État, la bascule se fera-t-elle en faveur de la voiture ? « Dans l’immédiat sans doute, dans la durée, c’est moins évident. La voiture étant un mode qui coûte cher et les revenus des Français risquant de baisser » fait savoir Pierre-Yves Péguy, directeur du Laboratoire Aménagement économie transport de l’Université de Lyon 2.

 

Le formidable essor du vélo

 

Le grand gagnant de la sortie du confinement sera probablement le vélo. Transport individuel par essence, il apparaît comme idéal pour respecter les gestes barrières. L’usage du vélo a grimpé en France. D’après l’institut CSA, « 4 utilisateurs de transports en commun sur 10 » envisagent d’utiliser le vélo pour se déplacer.

A tous les niveaux, les autorités se sont donc naturellement saisies du sujet. Bon nombre de grandes villes françaises telles que Paris, Bordeaux, Rennes, Montpellier, Nice, Grenoble, Nantes et Lille ont lancé des plans d’urgences pour le vélo, en multipliant les pistes cyclables temporaires. Et, il est fort probable suite aux résultats des municipales 2020, qu’il prenne une importance grandissante dans les villes. En effet, de nombreuses grandes villes ont été gagnées par des listes écologistes. Très attendus sur les questions de mobilité, on peut penser que les candidats élus engageront des actions en faveur de la bicyclette (augmentation des places de stationnement, amélioration des pistes cyclables, subventions, etc.).

Le gouvernement a lui aussi cherché à promouvoir le vélo via :

  • Le plan coup de pouce vélo ;
  • La mise en place d’une aide pour les vélos à assistance électrique ;
  • La publication du décret sur le « forfait mobilités durables ».

« Nous voulons que cette période fasse franchir une étape dans la culture vélo, et que la bicyclette soit la petite reine du déconfinement en quelque sorte », a affirmé la ministre de la Transition Écologique et Solidaire, Élisabeth Borne.

Le plan coup de pouce vélo

Pour cela, un plan « coup de pouce vélo » de 60 millions d’euros a été mis en place. Ce plan s’axe sur trois grandes mesures :

  • Une prise en charge jusqu’à 60 % pour les collectivités territoriales souhaitant installer des places de stationnement temporaire pour les bicyclettes ;
  • Des formations gratuites de "remise en selle" pour bien maitriser les règles de circulation à vélo ;
  • Une aide de 50 euros pour faire réparer son vélo ou ses vélos.

Afin de bénéficier de l’aide à la réparation, il suffit de vous rendre chez un réparateur référencé du réseau alvéole muni d’une pièce d’identité. Le professionnel pourra ainsi noter votre demande. Il émettra ensuite un devis. Si vous l’acceptez, il pourra commencer les réparations. Si l’opération coûte moins que 50 €, vous n’aurez qu’à régler la TVA. Si celle-ci est supérieure à 50 € HT, 50 € seront déduits de la facture. Il faudra ensuite payer le reste et la TVA.

Le bonus écologique pour les vélos à assistance électrique

Le bonus écologique ne concerne pas que les voitures. Il s’applique aussi au vélo. Pour les vélos électriques, le montant versé par l’État est le même que celui proposé par la collectivité territoriale, dans la limite de 200 € maximum.

Pour en bénéficier, il faut être majeur, résident fiscal français et présenter un revenu annuel à 13 489 € par part. D’autre part, le vélo électrique doit impérativement être neuf et ne peut fonctionner avec une batterie contenant du plomb. Enfin, le pédalage assisté doit correspondre aux normes définies par l’article R311-1 du code de la route.

La demande d’aide se formule directement auprès de l'Agence de services et de paiement (ASP) dans les 180 jours suivant l’achat de l’appareil. Ce faisant le consommateur s’engage à ne pas revendre son vélo pendant au moins 1 an.

Bon à savoir :
De nombreuses collectivités octroient des aides à leur administré pour leur permettre d’acquérir un vélo électrique. C’est par exemple le cas de la Région Île-de-France qui prévoit une subvention de 500 euros. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous renseigner auprès de la mairie, du département et de la région dont vous dépendez.

Le forfait mobilités durables

Voté dans le cadre de la loi LOM (la loi d’Orientation des mobilités) fin 2019, le forfait « mobilités durables » vient remplacer les indemnités kilométriques de vélo. Le décret d’application a été publié le 10 mai pour préparer le déconfinement. Comme le fait savoir l’URSSAF « La prise en charge de ces frais prend la forme d’une allocation forfaitaire, exonérée de cotisations et contributions sociales, dans la limite de 400 € par an et par salarié. »

Toutefois, les entreprises ne sont pas obligées de le mettre en place. Il reste facultatif. C’est à elles de décider de l’adopter ou non.

 

Et le free-floating, dans tout ça ?

 

Les trottinettes en libre-service s’étaient développées un peu partout dans les milieux urbains. Mais il est difficile de savoir si elles perdureront. En effet, la plupart des opérateurs n’étaient déjà pas à l’équilibre financier avant la crise et se retrouvent en très fortes difficultés.

De plus, même si les trottinettes permettent de respecter la distanciation sociale, elles passent de main en main. Les entreprises assurent qu’elles nettoieront les engins avec une grande fréquence. Mais, malgré cela, il est fortement possible que les Français restent méfiants et préfèrent s’orienter vers leur propre véhicule.

Sandra F.

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