Projet Hercule : de quoi s’agit-il ?

Difficile de comprendre les modalités d’abandon du projet Hercule sans savoir de quoi il s’agit. Voici donc un bref rappel. Le projet Hercule a été annoncé en janvier 2019 à l’Assemblée Nationale par Bruno Lemaire. Il a d’abord été question de scinder EDF en deux entités :

  • EDF Bleu, une entité qui regrouperait le Réseau de Transport d’Electricité (RTE), l’activité nucléaire d’EDF, et ses activités hydrauliques. Cette entité serait nationalisée, puisque l’Etat français en serait le seul actionnaire ;
  • EDF Vert, qui regrouperait les activités commerciales d’EDF, à savoir les activités relatives à la vente d’électricité issue du parc nucléaire français. Enedis serait alors intégré à EDF Vert, de même que le développement des énergies renouvelables. Si l’Etat resterait l’actionnaire majoritaire de cette entité, son capital serait néanmoins ouvert aux investissements privés, et elle pourrait même être cotée en Bourse.

La création d’une troisième entité a ensuite été envisagée. Il s’agit d’EDF Azur, qui regrouperait les activités hydrauliques du Groupe, initialement rattachées à EDF Bleu.

La réforme d’EDF continue malgré l’abandon du projet Hercule

L’abandon du projet Hercule ne signifie pas que d’EDF ne sera pas réformé. Bruno Lemaire évoque cependant des « garanties formelles » qui feraient actuellement l’objet d’un bras de fer avec la Commission Européenne. Parmi elles, on note notamment :

  • L’unité d’EDF. On peut ainsi lire dans l’entretien : « Oublions Hercule et construisons ensemble le grand EDF. Voilà le message que je porte aux organisations syndicales que je reçois depuis le début de la semaine. Ce projet ambitieux tiendra compte de leurs propositions ». On peut également y lire que « l’unité du groupe EDF ne se négocie pas. Nous ne démantèlerons pas EDF. »
  • Le maintien d’une « direction des ressources humaines qui puisse s’occuper de l’ensemble des salariés du groupe ».

Quelles sont alors les modalités de la nouvelle réforme d’EDF ? Elle s’article autour d’une société mère appelée EDF SA, et de deux autres filiales.

EDF SA permettrait alors au Groupe de conserver son unité. L’Etat en serait l’unique actionnaire. Cette filiale regrouperait notamment les activités de production nucléaire du Groupe, RTE ainsi que ses fonctions centrales. Les activités hydrauliques d’EDF appartiendraient à une filiale de EDF SA, dont l’Etat serait également l’unique actionnaire. Le développement des énergies renouvelables et Enedis seraient regroupés dans une deuxième filiale de EDF SA dont l’Etat serait actionnaire majoritaire mais pas unique. 30 % de son capital au maximum pourrait ainsi provenir de capitaux privés.

Cet abandon du projet Hercule a été globalement mal reçu, de par les modalités de la nouvelle réforme envisagée. Les retombées médiatiques laissent peu de place à l’ambiguïté. On peut par exemple lire dans l’Express « Hercule, le vrai faux arrêt du projet ». Les syndicats ont également manifesté leur mécontentement. La plupart des acteurs soutiennent qu’il s’agit d’un simple abandon du nom du projet, plutôt qu’un abandon du projet en lui-même.

Bon à savoir

La séparation des activités nucléaires pourrait permettre une revalorisation du dispositif d’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (ARENH). En termes simples, cela signifie que le prix d’achat de l’électricité issue du parc de centrales nucléaires d’EDF serait plus élevé les fournisseurs alternatifs comme Planète Oui ou TotalEnergies. Il passerait de 42 € / MWh à 49 € / MWh. Cette augmentation pourrait avoir une répercussion sur le prix global de l’électricité en France. Elle ne serait donc pas sans conséquence sur le montant des factures des consommateurs. Pensez à utiliser notre comparateur des fournisseurs d’électricité pour bénéficier des prix les plus avantageux, en fonction de votre profil de consommation.

La reconnaissance du nucléaire comme énergie verte en bonne voie auprès de la Commission Européenne

L’une des revendications principales des syndicats mobilisés contre le projet Hercule tient dans la reconnaissance à l’échelle européenne de l’énergie nucléaire en tant qu’énergie verte car décarbonée, et comme un pilier de la transition énergétique.

L’enjeu de cette reconnaissance est de taille, puisqu’il permettrait à EDF de bénéficier du financement vert européen. Si cette reconnaissance n’est pas encore garantie, elle est selon le Ministre en bonne voie. Il n’hésite pas à rappeler que « L’Europe n’atteindra pas l’objectif de neutralité carbone en 2050 sans le nucléaire ».