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« Crise sérieuse » chez EDF : les solutions de Luc Rémont, futur PDG

Luc Rémont a été choisi par l’Élysée pour devenir le nouveau président-directeur général (PDG) d’EDF. Le mercredi 26 octobre 2022, il a donc été auditionné par le Parlement pour exposer ses intentions pour l’énergéticien français et convaincre les sénateurs et députés de lui accorder leur confiance. Retour sur ces échanges.

Crise EDF

Luc Rémont, nouveau PDG d’EDF

À l’été 2022, le gouvernement a annoncé en même temps la renationalisation d’EDF et le départ anticipé de son PDG, Jean-Bernard Lévy. À la tête du groupe historique depuis 2014, ce dernier approche la limite d’âge du directeur fixée dans les statuts d’EDF (68 ans).

Depuis lors, plusieurs noms ont été évoqués, en interne et en externe. La possibilité de séparer les fonctions de président et directeur général a également été étudiée. Finalement, c’est Luc Rémont qui a été choisi par le président Macron pour diriger seul le groupe EDF. Actuellement responsable des opérations internationales chez Schneider Electric, M. Rémont est en poste chez l’équipementier électrique depuis 2014. Il a précédemment occupé des postes au ministère de l’Économie et des Finances et à la Direction générale de l’armement et a également été banquier d’affaires chez BofA Securities (anciennement Bank of America Merrill Lynch).

Pour valider cette nomination, Luc Rémont devait convaincre les parlementaires des commissions des Affaires économiques de l’Assemblée nationale et du Sénat. Cette audition, longue de quatre heures a eu lieu le mercredi 26 octobre 2022 : M. Rémont a commencé par répondre aux questions des sénateurs avant de recommencer l’exercice face aux députés. Pour être validée, la candidature de M. Rémont au poste de PDG d’EDF devait être votée par les parlementaires des deux commissions des Affaires économiques et recueillir moins de 3/5 de votes contre.

Les sénateurs ont approuvé cette nomination avec :

  • 26 voix pour ;
  • 19 voix contre.

Les députés y ont également été favorables avec :

  • 32 voix pour ;
  • 29 voix contre ;
  • 3 bulletins blancs.

À l’issue de cette journée, l’Assemblée nationale a déclaré dans un communiqué avoir « émis un avis favorable à la nomination de M. Luc Rémont aux fonctions de PDG d’EDF ». Cette décision doit encore être formellement annoncée par décret.

Date de prise de fonction du nouveau PDG d’EDF

La date précise de prise de fonction de Luc Rémont n’est pas encore connue. Le mandat de Jean-Bernard Lévy doit prendre fin au plus tard le 18 mars 2023, mais le ministre de l’Économie Bruno Le Maire annonçait fin octobre vouloir accélérer le processus : « nous avons un nouveau dirigeant, Luc Rémont, qui est la bonne personne au bon moment et nous allons faire en sorte qu’il puisse prendre ses fonctions le plus rapidement possible » ; M. Le Maire ajoute même : « nous souhaitons qu’il puisse entrer en fonction mi-novembre ». En effet, la situation chez EDF est actuellement très compliquée, et le gouvernement souhaite que des décisions importantes soient prises rapidement.

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Feuille de route pour EDF

À l’aube de la sortie de bourse d’EDF et à l’approche d’un hiver tendu en France sur le plan énergétique, Luc Rémont prend la tête d’EDF « dans un contexte de crise, un contexte d’urgence, avec une conjoncture chaotique et des chantiers titanesques » affirme Sophie Primas, Sénatrice des Yvelines (Île-de-France) et présidente Les Républicains de la commission des Affaires économiques.

M. Rémont en a bien conscience : « L’énergie est devenue aujourd’hui une arme dont use la Russie pour affaiblir nos sociétés et diviser l’Union européenne ». La situation difficile ne se limite d’ailleurs pas au contexte géopolitique, et d’après M. Rémont, « EDF traverse elle-même une crise sérieuse, d’ordre technique et industriel, qui accentue la tension sur l’offre d’énergie ».

Parmi les dossiers les plus urgents, le futur patron du groupe identifie la réouverture rapide des réacteurs nucléaires à l’arrêt comme l’un des plus importants. Il assure avoir l’intention de se consacrer entièrement à « tenir les engagements de l’entreprise pour la reprise de la production des réacteurs à l’arrêt ». Il souhaite également tout faire pour « tenir la demande exprimée par RTE d’une production nucléaire comprise entre 38 et 40 GW au 1er décembre [et] entre 45 et 50 GW au 1er janvier ».

La production d’électricité nucléaire en France est au plus bas, et la sécheresse de cet été a vidé les réserves généralement constituées pour la production d’hydroélectricité française en hiver. Face à ce constat, M. Rémont pense que la situation « nous impose de nous préparer collectivement au passage de l’hiver par un effort de réduction de notre consommation. Je suis convaincu de très longue date de la nécessité de la sobriété et de l’efficacité énergétiques. […] Cet effort collectif est indispensable pour diminuer les risques de délestage cet hiver et les suivants ». Dans cette optique de sobriété énergétique, le nouveau PDG d’EDF assure que, pour les particuliers, « 10 % à 15 % de sobriété est un objectif qui se fait sans douleur » . Du côté des entreprises : « 30 % à 50 % n’est pas hors de portée ».

En ce qui concerne la situation financière de l’énergéticien, elle est elle aussi délicate : sa dette cumulée devrait atteindre 60 milliards d’euros d’ici la fin de l’année. M. Rémont estime qu’il faut faire preuve de « vigilance à court terme pour ne pas devoir réduire les investissements et compromettre l’avenir ». Concernant ces investissements nécessaires, il identifie trois postes principaux :

  • le grand carénage du parc nucléaire français qui devrait être « la première priorité d’investissement d’EDF [pour] entretenir et prolonger la durée de vie » des centrales. Il appelle également à « lancer le nouveau programme nucléaire français » rapidement ;
  • l’investissement hydroélectrique qui a « un rôle de premier plan dans les renouvelables » ;
  • « le développement et l’adaptation des réseaux à une électricité plus décentralisée » pour tenir compte notamment de l’autoconsommation d’électricité (panneaux photovoltaïques et éoliennes principalement).

M. Rémont a également profité de ces deux auditions pour donner son avis sur l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), ce dispositif qui oblige EDF a vendre une partie de son électricité nucléaire à ses concurrents à un prix très bas. D’après lui, « l’Arenh est un mécanisme à bout de souffle, qui certes a permis de stabiliser les prix ou de préserver les clients d’une hausse excessive de prix. Mais le deuxième objectif de créer une concurrence réelle n’est pas atteint, car il n’y a pas d’investissement en dehors d’EDF. Donc il faut réformer ce système ». De plus, l’Arenh « induit une sous-rémunération » de l’activité nucléaire d’EDF : un problème de taille vu l’endettement du groupe. Notons qu’une fin possible de l’Arenh est déjà étudiée.

Enfin, le futur PDG d’EDF appelle à une réforme en profondeur des règles qui régissent le marché européen pour corriger des « défaillances mises en lumière par la crise actuelle ». Il juge notamment indispensable de découpler le prix de l’électricité du prix du gaz.

Controverses autour du nouveau PDG d’EDF

Au moment des questions des députés à Luc Rémont, deux points ont été soulevés contre sa nomination :

  • son implication dans la vente controversée de la branche énergie Alstom à General Electric en 2014, alors qu’il conseillait Alstom en tant que banquier d’affaires chez BofA Securities. D’après le député Matthias Tavel du groupe Nupes-LFI, il s’agissait d’une « forfaiture contre l’intérêt national ». M. Rémont évoque de son côté « la seule solution possible pour assurer l’avenir de ces activités » ;
  • une séparation possible entre l’activité historique nucléaire et les énergies renouvelables déjà évoquée par le passé. Le nouveau patron d’EDF a simplement assuré qu’il y aurait « une production diversifiée et non dans le tout nucléaire ».
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