Décarboner l’agriculture, quelles pistes pour l’UE d’ici 2040 ?

La neutralité carbone est l’un des grands défis de l’avenir, afin de mettre en place une transition écologique toujours plus indispensable. L’Union européenne (UE) vient justement d’annoncer ses objectifs précis dans ce domaine pour l’horizon 2040. Avec quelles pistes envisagées au niveau de l’agriculture, l’un des derniers importants secteurs à devoir initier sa décarbonation ? En plein contexte de crise et de grogne agricole, Choisir.com vous répond.

agriculture effet de serre

L’agriculture, une source importante d’émissions de CO2, à réduire absolument selon l’UE

Face au réchauffement climatique toujours plus palpable, la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) est chaque jour plus urgente. Tous les domaines d’activité sont concernés.

L’agriculture, ô combien vitale, est l’un des derniers secteurs européens à devoir encore entreprendre sa transition décarbonée. En effet, il représente :

  • 11 % des émissions de CO2 en Europe ;
  • 19 % au niveau français, ce qui en fait la deuxième source des émissions nationales après le transport.

Cette dynamique de décarbonation est donc importante à mettre en place. Elle est même essentielle aux yeux de Bruxelles et de la Commission européenne, dans le but de respecter ses objectifs climatiques pour 2040.

En septembre 2023, l’UE s’était félicitée de voir ses émissions carbone baisser sur le continent entre les premiers trimestres 2022 et 2023. Cette évolution est d’ailleurs bien lancée dans un certain nombre de domaines, tels que :

Toutefois, ce mouvement de « Green Deal » est bien plus délicat à mettre en œuvre dans le domaine agricole. L’importante vague de contestation des agriculteurs fin janvier, notamment en France et à Bruxelles, avec le blocage de nombreux axes routiers, est encore dans les mémoires. La colère de ces derniers porte sur leurs conditions extrêmement difficiles de travail et de vie. Elle vise surtout la PAC, la Politique agricole commune de l’UE. Voilà pourquoi, pour l’institution européenne, la nécessaire décarbonation de l’activité agricole prend la forme d’un gigantesque (et dangereux) défi. Surtout à quelques mois à peine des élections européennes de juin 2024.

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Un objectif européen de réduction des émissions carbone de 90 % en 2040… avec un rôle à jouer pour l’agriculture

Face à ce souhait de l’exécutif européen de lancer l’agriculture dans sa décarbonation se dresse aussi l’opposition de certains eurodéputés de droite. Cela n’a pas empêché la Commission européenne de présenter, le 6 février 2024, ses recommandations d’objectifs concernant la baisse des GES pour 2040. Elles visent une barre de réduction de 90 % par rapport à 1990. Pour rappel, le chiffre prévu pour 2030 est une chute de 55 % des émissions carbone. En conservant la dynamique actuelle, les États européens ne parviendraient qu’à une diminution de 51 % à cette date.

Pour Bruxelles, il faut donc redoubler d’efforts et trouver des solutions pour accélérer et renforcer ce mouvement. Les difficultés européennes viennent rappeler qu’en 2022, les émissions de CO2 liées à l’énergie ont connu une hausse record au niveau mondial.

En réalité, dès mi 2023, certains scénarios imaginés pour atteindre ces -90 % en 2040 avaient fuité. Ils révélaient que, pour remplir cet objectif, l’UE comptait bien s’attaquer au problème des émissions agricoles en réduisant :

  • de moitié la demande d’élevage ;
  • jusqu’à 60 % le recours à des engrais azotés.

Mi-janvier, un rapport du Conseil scientifique consultatif de l’UE sur le climat a également été publié. Son président, Ottmar Edenhofer, y indiquait que les émissions provoquées par l’agriculture « sont restées quasi-stables depuis 2005 ». Elles sont engendrées :

  • pour les deux tiers, par l’élevage, du fait des déjections et des gaz rejetés par les troupeaux ;
  • pour le reste, de l’utilisation de ces engrais azotés, particulièrement néfastes pour le climat.

Ainsi, Ottmar Edenhofer relève bien que « la PAC impose certains critères agro-écologiques ». Malgré tout, à ses yeux, elle soutient également « des pratiques à forte intensité d’émissions, comme l’élevage ».

Quelles solutions alors, face à cette équation opposant des caractéristiques inhérentes à l’élevage et au besoin de neutralité carbone ? Le rapport du Conseil consultatif sur le climat réalise plusieurs recommandations, telles que :

  • faire de l’élevage un critère de la PAC ;
  • faire payer « d’ici 2031 », les émissions du secteur agricole et l’utilisation des terres ;
  • prôner un régime alimentaire moins centré autour de la viande.

Avec quel impact sur l’activité agricole, l’élevage et tous les professionnels du secteur ? Quelles conséquences l’encouragement d’une alimentation moins carnée et la réduction de moitié de la demande d’élevage pourraient-ils provoquer sur le continent ? Avec de telles mesures imaginées, difficile de ne pas comprendre les agriculteurs et les éleveurs qui dénoncent la mort programmée de leur profession… Car si de pareilles évolutions venaient à se réaliser, qu’en serait-il de leurs moyens de subsistance ? Est-ce juste pour réussir à tenir des objectifs chiffrés décidés à Bruxelles qu’un pan complet de l’activité agricole doit se résoudre à disparaître ?

Le nouveau plan européen n’indique, pour l’instant, aucune mesure chiffrée pour l’agriculture…

De son côté, le think tank Strategic Perspectives juge que ce scénario de réduction des émissions carbone à -90 % pourrait être réalisé sans le concours de l’agriculture. D’après son directeur Neil Makaroff, cette barre pourrait être atteinte en priorisant les efforts sur :

  • l’électricité ;
  • les transports ;
  • et l’industrie.

Pour autant, le nouveau cap pour 2040 dévoilé début février par l’UE a réaffirmé le rôle à jouer de l’agriculture dans la transition écologique. Toutefois, au regard du contexte tendu, elle s’est gardée d’annoncer la moindre mesure chiffrée. Elle a juste fait mention de l’importance d’un « déploiement plus rapide » du captage et du stockage du CO2 dans ce secteur.

L’ouverture de la voie aux technologies de captage et de stockage de carbone est effectivement la grande nouveauté dévoilée par l’UE pour son plan vers 2040. En ce qui concerne les mesures concrètes et les objectifs chiffrés pour le domaine agricole, il faudra néanmoins attendre.

Pourtant, quels que soient ces derniers, une chose est certaine pour Pascal Canfin, président (Renew) de la Commission Environnement au Parlement européen. Selon lui, pour que l’activité agricole puisse procéder à son verdissement, les agriculteurs ne doivent pas être les seuls impactés. « Il faut que la contrainte porte [aussi] sur le reste des acteurs de la chaîne agroalimentaire », précise-t-il. Sans quoi, « tout le surcoût » qui découlera de nouvelles pratiques à adopter « serait supporté par l’agriculteur » seul. Cette situation ne serait :

  • ni juste, surtout au regard des grandes difficultés de la profession ;
  • ni viable pour eux, isolés face aux multinationales agroalimentaires comme Bonduelle ou Nestlé.

Une piste évoquée serait que ces entreprises soient poussées à financer à grande échelle des changements de pratique à destination de leurs fournisseurs. Autre possibilité, rémunérer les exploitations pour les « puits de carbone » présents dans leurs sols, par l’intermédiaire de haies ou de forêts notamment. À l’avenir, des crédits CO2 agricoles pourraient ainsi peut-être voir le jour. Ce serait une manière :

  • de lutter contre le « surpâturage » intensif qui dégrade les sols et affaiblit leur capacité d’absorber le CO2 ;
  • d’encourager les pratiques d’élevage vertueuses et favorables à l’environnement.

Cependant, pour certains, ces politiques n’auraient rien de crédible ni d’efficace. Michael Sicaud-Clyet, de l’ONG WWF, juge qu’« avec le changement climatique, on n’est pas sûr que ces forêts vont continuer à croître, à capter autant de carbone ». Ainsi, de son point de vue, il n’y a qu’une « seule solution sûre : réduire les émissions ». En acceptant le recours au captage et stockage de CO2, espérons que l’UE ne se trompe pas de route. Et n’impose pas à l’agriculture des conditions qu’elle serait incapable de supporter.

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