Précarité énergétique : 3,5 millions de ménages concernés, qui est le plus exposé ?
Pouvoir chauffer correctement son logement sans consacrer une part excessive de ses revenus aux factures reste difficile pour des millions de ménages. Et les dernières données du Commissariat général au développement durable (CGDD) montrent que la situation s’est dégradée en 2024, malgré le maintien de plusieurs dispositifs de soutien. La hausse est d’autant plus significative que l’hiver 2024 a été relativement doux. Une fois cet effet climatique neutralisé, le taux de précarité énergétique atteint même 12,5 %, contre 11,6 % en 2023. Derrière cette moyenne se cachent également de fortes disparités selon le niveau de revenu, le logement et l’énergie utilisée pour se chauffer.
La précarité énergétique progresse de nouveau en France métropolitaine. Selon les dernières données publiées le 14 septembre 2026, 3,5 millions de ménages étaient concernés en 2024 avant prise en compte du chèque énergie, soit 11,5 % des foyers. La hausse des prix de l’énergie explique largement cette dégradation.
Pourquoi la précarité énergétique a-t-elle augmenté ?
La hausse observée en 2024 tient principalement à l’évolution des prix de l’énergie. Selon le CGDD, les prix TTC des énergies utilisées dans le résidentiel ont progressé de 12,6 % en un an, après +10,7 % en 2023. Par rapport à 2019, l’augmentation cumulée atteint 50 %.
L’électricité et le gaz, qui représentent ensemble plus de 80 % des dépenses énergétiques des logements, ont fortement contribué à ce mouvement : le prix moyen résidentiel de l’électricité a augmenté de 18,4 % en 2024, tandis que celui du gaz naturel progressait de 10,5 %.
La hausse des prix pèse davantage que les autres facteurs
Le CGDD a isolé les différents facteurs ayant fait évoluer la précarité énergétique en 2024, en neutralisant l’effet de la météo. Le constat est particulièrement net : les prix de l’énergie ont, à eux seuls, contribué à augmenter l’indicateur de 1,9 point.
La progression des revenus a joué dans l’autre sens. Le revenu disponible brut des ménages a augmenté de 4,8 % en 2024 et cette amélioration a contribué à faire reculer l’indicateur de 0,8 point. L’évolution du parc de logements et des modes de chauffage l’a réduit de 0,1 point supplémentaire.
| Facteur en 2024 | Effet sur le taux de précarité énergétique corrigé de la météo |
|---|---|
| Hausse des prix de l’énergie | +1,9 point |
| Hausse des revenus des ménages | -0,8 point |
| Évolution des logements et chauffages | -0,1 point |
| Consommation moyenne d’énergie | ~0 point |
| Effets croisés | -0,2 point |
| Évolution totale | +0,9 point |
Un hiver doux a en partie masqué la dégradation
Le taux brut de 11,5 % doit également être interprété avec prudence. L’année 2024 a été la quatrième année la plus chaude enregistrée en France métropolitaine depuis le début du XXe siècle, selon les données reprises par le CGDD.
Or le chauffage représente près de 60 % de la consommation énergétique des logements. Les températures hivernales relativement douces ont donc réduit les besoins de chauffage et abaissé mécaniquement l’indicateur d’environ un point. Une fois cet effet retiré, le taux de précarité énergétique atteint 12,5 % en 2024, contre 11,6 % un an auparavant.
Bouclier tarifaire et chèque énergie : quel impact réel ?
Les chiffres permettent aussi de mesurer assez précisément ce que les dispositifs publics ont évité. Sans bouclier tarifaire et sans chèque énergie, le CGDD estime qu’environ 3,7 millions de ménages auraient été en situation de précarité énergétique en 2024, soit 12,1 % des ménages de France métropolitaine étudiés.
Le bouclier tarifaire ramène ce nombre à 3,5 millions. Puis la prise en compte du chèque énergie le réduit à environ 3,2 millions de ménages, soit 10,3 %
| Situation modélisée en 2024 | Taux de précarité énergétique | Ménages concernés |
|---|---|---|
| Sans bouclier ni chèque énergie | 12,1 % | 3,7 millions |
| Avec bouclier, sans chèque énergie | 11,5 % | 3,5 millions |
| Avec bouclier et chèque énergie | 10,3 % | ≈ 3,2 millions |
Le chèque énergie a évité à 364 000 ménages de basculer
En 2024, 5,5 millions de ménages ont reçu le chèque énergie dans le cadre étudié par le CGDD. L’aide a permis à environ 364 000 foyers de rester sous le seuil statistique de précarité énergétique.
Son effet est particulièrement important pour les ménages aux revenus les plus faibles. Dans le premier dixième de niveau de vie, le chèque énergie réduit de 9,7 points le taux mesuré de précarité énergétique. L’effet est beaucoup plus limité dans les deuxième et troisième dixièmes, respectivement -1,8 et -0,4 point.
Ces chiffres montrent toutefois également les limites du dispositif : même après prise en compte du chèque énergie, plus d’un ménage sur dix reste concerné par l’indicateur.
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Quels ménages sont les plus exposés à la précarité énergétique ?
La précarité énergétique ne dépend pas uniquement du prix du kilowattheure. Le niveau de revenu, la taille et la qualité du logement, son système de chauffage, le climat ou encore les besoins du foyer peuvent se cumuler.
L’indicateur utilisé par le CGDD fait d’ailleurs apparaître de très forts écarts au sein même des 30 % de ménages les plus modestes.
Les ménages aux revenus les plus faibles restent de très loin les plus touchés
Après prise en compte du bouclier tarifaire et du chèque énergie, 55,6 % des ménages appartenant au premier dixième de niveau de vie restent considérés comme étant en situation de précarité énergétique selon cet indicateur. Le taux tombe à 28,9 % dans le deuxième dixième et à 18,8 % dans le troisième.
L’énergie consommée n’est donc jamais le seul facteur : une même facture de chauffage représente une charge très différente selon les ressources dont dispose le foyer.
Fioul et chauffage urbain : les taux les plus élevés
Le type d’énergie principale de chauffage fait également apparaître des écarts importants. Après prise en compte du bouclier et du chèque énergie, le taux observé atteint 16,9 % pour les ménages chauffés principalement au fioul et 16,1 % pour ceux utilisant un réseau de chaleur.
| Énergie principale de chauffage | Part des ménages en précarité énergétique après aides |
|---|---|
| Fioul | 16,9 % |
| Chauffage urbain | 16,1 % |
| Électricité | 9,7 % |
| Gaz naturel | 9,6 % |
| Bois | 8,1 % |
Les ménages chauffés à l’électricité ont par ailleurs davantage bénéficié du bouclier tarifaire sur l’électricité : celui-ci a réduit leur taux de précarité énergétique de 1 point en moyenne, contre 0,6 point pour l’ensemble des ménages.
Comment savoir si un ménage est en situation de précarité énergétique ?
La loi définit la précarité énergétique comme la situation d’une personne qui éprouve, dans son logement, des difficultés particulières à disposer de l’énergie nécessaire à ses besoins essentiels en raison de ressources insuffisantes ou de conditions de logement inadaptées.
Pour mesurer statistiquement le phénomène, l’Observatoire national de la précarité énergétique utilise notamment le taux d’effort énergétique (TEE). Celui-ci correspond à la part du revenu consacrée aux dépenses énergétiques du logement.
Dans l’indicateur utilisé pour les chiffres 2024, un ménage est comptabilisé comme étant en précarité énergétique lorsqu’il réunit deux conditions simultanées : consacrer plus de 8 % de son revenu aux dépenses énergétiques du logement et appartenir aux 30 % des ménages les plus modestes.
Ce critère reste néanmoins un indicateur statistique. Il ne suffit pas à décrire toutes les situations individuelles. Certains ménages réduisent volontairement leur chauffage pour éviter des factures qu’ils ne pourraient pas payer : leur dépense peut alors sembler faible alors même qu’ils subissent un réel inconfort. L’ONPE suit d’ailleurs également les situations de froid ressenti, de restriction de chauffage et, désormais, de précarité énergétique d’été liée aux fortes chaleurs.
Que faire lorsque les factures d’énergie deviennent difficiles à payer ?
La priorité est de ne pas attendre l’accumulation des impayés. Le Médiateur national de l’énergie conseille de contacter rapidement son fournisseur : celui-ci peut notamment proposer un échéancier et vérifier si le contrat est adapté à la situation du foyer. Les services sociaux de la commune ou du département peuvent également orienter vers les aides disponibles et le Fonds de solidarité pour le logement (FSL).
Vérifier son droit au chèque énergie 2026
En 2026, le chèque énergie reste accordé sous condition de ressources. Pour être éligible, le revenu fiscal de référence par unité de consommation doit être inférieur à 11 000 €. Son montant varie actuellement de 48 € à 277 € selon les ressources et la composition du foyer.
Les foyers identifiés automatiquement ont reçu leur chèque à partir d’avril 2026. Un ménage qui pense être éligible mais qui ne l’a pas reçu peut encore utiliser le simulateur officiel et déposer une demande jusqu’au 31 décembre 2026. Le chèque peut notamment servir à régler des dépenses d’électricité, de gaz, de chaleur, de bois ou de fioul liées au logement.
Agir aussi sur les dépenses durables du logement
Une aide ponctuelle permet d’alléger une facture, mais elle ne règle pas nécessairement la cause du problème lorsque celle-ci provient d’un logement très énergivore. Vérifier la puissance du compteur, l’option tarifaire choisie et les prix du contrat peut permettre d’éviter certains surcoûts inutiles. Lorsque les consommations élevées sont liées au bâti ou à un chauffage peu performant, une rénovation énergétique peut aussi réduire durablement les besoins du logement.
Comparer les offres d’électricité et de gaz peut également permettre d’identifier un contrat moins cher ou mieux adapté à son profil de consommation. Le comparateur d’électricité et de gaz de Choisir.com permet de confronter les prix du kWh, le coût de l’abonnement et les caractéristiques des offres disponibles afin d’estimer leur coût annuel. La comparaison est gratuite et n’engage pas à changer de fournisseur.
Ces leviers doivent cependant être distingués : changer de fournisseur ne transforme pas une passoire thermique en logement économe, de même qu’une rénovation ne résout pas immédiatement un impayé. Selon la situation, il peut donc être nécessaire de combiner soutien financier à court terme et amélioration durable de la performance énergétique.
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