Qu’est-ce que l’électrisation ?

L’électrisation est la traversée d’un corps humain ou animal par un courant électrique. Dans le langage courant, on parle souvent d’électrocution pour décrire ce type d’événement. La différence entre électrisation et électrocution existe surtout dans le domaine médical où :

  • l’électrisation décrit un accident électrique touchant un être vivant ;
  • l’électrocution implique que la victime n’a pas survécu.

De même, les termes de foudroiement et de fulguration sont souvent utilisés pour désigner le fait d’être touché (ou électrisé) par la foudre. Dans le domaine médical, la définition de la fulguration est l’électrisation thérapeutique d’un patient à l’aide d’un défibrillateur dans le but de faire revenir son cœur à un rythme normal. En effet, lorsque l’on parle d’électrisation, on pense souvent aux accidents, mais cela comprend aussi des électrisations provoquées. Cela inclut les défibrillateurs, mais aussi des pistolets à impulsion électrique.

Quelle est l’origine des électrisations en France ?

Chaque année en France, on estime à environ 3 000 le nombre d’électrisations accidentelles, dont 40 entraînent le décès de la victime. Les causes sont variées, mais se trouvent généralement dans l’une de ces catégories :

  • les accidents domestiques (qui arrivent à la maison), causés en général par une installation ne respectant pas les normes en vigueur, un appareil défectueux ou utilisé dans un environnement très humide (dans le bain, pieds mouillés, etc.) ou des travaux effectués sans couper l’alimentation ;
  • les accidents du travail, notamment pour des professions amenées à travailler à proximité de lignes électriques comme les élagueurs ou les couvreurs ou les utilisateurs de machines-outils puissantes comme un poste à souder ; les secteurs les plus affectés sont le BTP et la métallurgie. Les personnes travaillant directement dans le domaine de l’électricité (production, transport, distribution, etc.) sont finalement peu touchées, grâce aux nombreuses formations et protections mises en place ;
  • les accidents de loisir qui impliquent souvent la foudre. Les activités à éviter en cas de temps orageux sont, entre autres, la pêche, la voile, le parachute et le parapente et toutes les activités extérieures se déroulant près de pylônes de grande taille.

De leur côté, les électrisations provoquées sont très contrôlées et n’entraînent en général pas de complications. Elles sont utilisées principalement dans le domaine médical (défibrillateur et électrochocs notamment) et comme moyen d’immobilisation (pistolet à impulsion électrique).

Quels sont les effets d’une électrisation ?

Les effets sur l’homme d’une électrisation accidentelle sont différents d’un cas à un autre. Ils dépendent principalement de la nature du courant, de la durée d’exposition, de la personne affectée et des conditions environnementales (présence de matériaux isolants ou conducteurs autour de la victime, point d’entrée et de sortie du courant, etc.).

Les symptômes sur l’homme

Les conséquences directes sur le corps humain du passage d’un courant électrique peuvent être nombreuses :

  • sensation de picotement ou fourmillement ;
  • engourdissement ;
  • spasme musculaire ;
  • tétanie, ou sensation de paralysie ;
  • fractures dues aux contractions musculaires ;
  • brûlures de la peau, parfois très graves ;
  • brûlures électrothermiques pouvant toucher tous les autres organes (muscles, système nerveux, système digestif, système vasculaire, yeux, squelette, poumons, etc.) ;
  • perte de connaissance ;
  • détresse respiratoire ;
  • troubles cardiaques pouvant aller jusqu’à l’arrêt du cœur ;
  • lésions oculaires.

De plus, une électrisation, même bénigne, entraîne souvent une chute de la victime et donc des blessures secondaires, en particulier des fractures. L’électrisation est particulièrement grave en cas de grossesse, les accidents impliquant des femmes enceintes victimes d’électrisation sont souvent très dangereux pour le fœtus, même lorsque la mère n’a pas de séquelles.

Les facteurs de risque environnementaux

Les conditions dans lesquelles se déroule un accident ont beaucoup d’importance et déterminent en partie les chances de rétablissement de la victime. La gravité de l’accident augmente avec :

  • le temps de contact avec le courant ;
  • la surface de contact ;
  • la finesse et l’humidité de la peau en contact ;
  • la présence d’eau ou d’humidité sur les lieux de l’accident ;
  • la nature de la paroi au point de sortie (matériaux plutôt isolants ou conducteurs).

Le trajet qu’emprunte le courant à l’intérieur du corps (souvent d’une main à un pied) est aussi très important, car certains organes seront plus atteints que d’autres.

L’influence du type de courant

Le passage du courant dans un corps aura un effet différent selon qu’il est alternatif ou continu, et en fonction de son intensité. Des études ont été menées sur les différentes caractéristiques du courant et leurs conséquences. Par exemple, pour le courant domestique alternatif (fréquence de 50 Hz et tension de 230 V), les effets ressentis en fonction de l’intensité sont décrits dans le tableau ci-dessous :

Ressenti lors d’une électrisation par courant domestique
Intensité du courant (en milliampère)Durée de contact Conséquences sur le corps humain
< 1 mANon mesuréeSensation de picotement pour les peaux humides, ou les peaux les plus fines
8 mANon mesuréeChoc électrique désagréable, voire douloureux ; réaction de retrait ou lâcher
10 mA270 secondesCrispation des membres supérieurs et inférieurs, lâcher parfois impossible
20 mA60 secondesContraction durable des muscles responsables de la respiration
30 mA30 secondesParalysie des muscles respiratoires
40 mA3 secondesContraction anarchique du muscle cardiaque (fibrillation ventriculaire)
75 mA1 secondeContraction anarchique du muscle cardiaque (fibrillation ventriculaire)
300 mA110 millisecondesParalysie ventilatoire et troubles du rythme cardiaque
500 mA100 millisecondesParalysie ventilatoire et troubles du rythme cardiaque
1 000 mANon mesuréeArrêt cardiaque
2 000 mANon mesuréeDétérioration instantanée des centres nerveux atteints

Pour le courant continu, les seuils indiqués ci-dessus en mA sont quatre fois plus élevés. En effet, lors d’une électrisation avec un courant de haute fréquence (supérieure à 100 Hz), la tolérance du corps humain est aussi généralement plus élevée qu’avec une fréquence de 50/60 Hz. Cela s’explique par l’effet « de peau » qui fait qu’un courant de haute fréquence à tendance à se concentrer sur les parties extérieures du matériau qu’il parcourt. Dans le cas de l’être humain, c’est la peau, qui a une résistance plus élevée que la plupart des autres organes. Cela implique toutefois que la peau sera mise à rude épreuve lors d’une électrisation en courant continu, et les brûlures seront certainement très étendues sur le trajet du courant.

Lors d’un accident n’impliquant pas le courant domestique ou continu, les conséquences sur le corps humain sont différentes. On entend parfois dire que « les ampères tuent et les volts brûlent », où les ampères désignent l’intensité et les volts la tension, mais cela n’est pas aussi simple.

Si l’on simplifie au maximum, l’intensité du courant représente une quantité d’électrons prêts à s’échapper en même temps dans un conducteur ; cela peut s’apparenter à un débit. Plus il y aura d’électrons, plus la résistance (les tissus humains dans le cas qui nous intéresse) s’échauffera et s’abîmera. La tension représente quant à elle la force avec laquelle les électrons arrivent dans un circuit électrique : plus la tension est forte, plus les électrons arrivent « sous pression ». Donc, si la résistance plutôt élevée de la peau (par rapport aux autres organes) nous protège d’une tension basse, elle ne peut plus rien contre une tension trop élevée : la peau perd alors son pouvoir isolant et le courant traverse le corps.

Donc un courant dont l’intensité est très élevée, mais de tension basse ne présente pas de danger pour l’Homme : l’électricité ne passera pas dans le corps. De la même manière, un courant de très haute tension, mais de très faible intensité pourra traverser le corps mais ne causera pas de dégâts, car très peu d’électrons seront injectés sur le circuit. Donc, pour être dangereux, le courant doit atteindre une certaine intensité et un voltage correspondant. Par exemple, pour une intensité de 50 mA, le danger existe dès que la tension dépasse les 35 000 V, et plus l’intensité augmente, plus la tension dangereuse est basse.

Cependant, il ne faut pas oublier que les dégâts infligés dans le corps humain dépendent très fortement de la durée d’exposition au courant. Prenons l’exemple de l’électrisation de la poignée de voiture, qui arrive très régulièrement. On estime que le courant qui entre dans le corps à ce moment-là a une tension d’environ 3 000 V et une intensité de l’ordre de 1 000 A. D’après les informations du paragraphe précédent, ce courant est donc très dangereux pour l’Homme. Cependant, la quantité d’énergie totale existant sur ce circuit est très faible, et le temps de contact entre la peau et le courant dangereux est extrêmement faible (de l’ordre de la milliseconde), ce qui explique que le plus grave qui puisse arriver soit une petite décharge désagréable.

Que faire en cas d’accident ?

En cas d’accident électrique, il est important de réagir rapidement, car l’état du blessé peut s’aggraver très rapidement. Si celui-ci a été touché par un courant à haute tension, il faut appeler immédiatement le 15 ou le 112 pour expliquer calmement la situation. Vous devrez ensuite vous tenir à distance jusqu’à ce que le courant soit coupé sur la ligne, car l’électricité à haute tension peut former des arcs électriques très dangereux.

Si l’accident implique de l’électricité de basse tension, la marche à suivre est différente. Pour porter secours à une personne électrisée, il est fondamental de ne pas se mettre en danger, par exemple en touchant la victime ou la source de l’accident à mains nues. Parmi les isolants que vous trouverez peut-être autour de vous se trouvent notamment le caoutchouc, les plastiques, le bois sec et le carton ; il faudra également penser à vous isoler du sol (par exemple en montant sur un objet isolant) si vous entrez en contact avec la victime.

La conduite à tenir en cas d’électrisation avec du courant basse tension est la suivante :

  1. couper l’alimentation électrique, si possible au niveau du tableau électrique (disjoncteur), ou alors en débranchant ou déplaçant l’appareil responsable de l’accident ;
  2. si cela est impossible, il faut déplacer le blessé pour qu’il ne soit plus en contact avec la source d’alimentation. Cette étape doit être réalisée très précautionneusement pour ne pas vous électriser à votre tour ;
  3. dès que la personne accidentée n’est plus en contact avec l’électricité, il faut appeler immédiatement les secours en composant le 15 ou le 112 ;
  4. au téléphone, il convient de donner l’adresse précise où les secours doivent se rendre, les circonstances de l’accident et l’état de la victime. Dans la mesure du possible, gardez votre calme et écoutez attentivement ce que vous dit votre interlocuteur. Restez en ligne tant que votre correspondant ne vous demande pas de raccrocher ;
  5. il faut alors rester avec la victime jusqu’à l’arrivée des soignants. Si la victime respire, elle doit être placée en position latérale de sécurité (voir schéma ci-dessous). Si elle ne respire plus, il faut commencer un massage cardiaque et le continuer tant que le Samu n’est pas arrivé.

Position latérale de sécurité (PLS)

Étapes à suivre pour mettre une personne inconsciente en Position latérale de sécurité (PLS)

Même une électrisation légère doit être surveillée par des professionnels de la santé, car les effets secondaires (troubles cardiaques, respiratoires, oculaires, neurologiques, défaillances organiques, etc.) peuvent être invisibles et mettre un peu de temps à se manifester. Les signaux qui doivent alerter sont :

  • un engourdissement ;
  • des douleurs musculaires ;
  • des spasmes ;
  • des convulsions ;
  • des maux de tête ;
  • une perte de vigilance allant jusqu’à l’endormissement, voire la perte de connaissance ;
  • des difficultés à respirer normalement ;
  • des battements de cœur irréguliers.

Comment éviter une électrisation ?

Pour minimiser les risques d’électrisation, il faut tout d’abord faire contrôler l’installation électrique de votre logement ou local professionnel. Aujourd’hui, toutes les habitations et établissements recevant du public doivent avoir obtenu un certificat Consuel qui atteste que l’installation intérieure d’électricité respecte les normes en vigueur.

De plus, les appareils fonctionnant à l’électricité doivent être en bon état, notamment au niveau du fil d’alimentation et de la prise. Les appareils de coupe (notamment dans la cuisine) doivent être utilisés loin des fils électriques, et les prises ne peuvent pas être surchargées sans risque (par exemple avec plusieurs multiprises).

L’utilisation des appareils électriques dans les pièces humides (salle de bains et cuisine) doit être limitée, se faire avec prudence et jamais sur un sol mouillé. Ils doivent être éloignés des points d’eau et rangés immédiatement après utilisation et leur nettoyage ne peut se faire que lorsqu’ils sont débranchés.

En ce qui concerne les enfants, ils sont malheureusement parmi les plus touchés par les électrisations domestiques. Pour les familles ayant des enfants en bas âge, il est vivement recommandé d’équiper toutes les prises de dispositifs de sécurité. Il est aussi essentiel de sensibiliser les enfants aux dangers de l’électricité dès leur plus jeune âge et de leur expliquer les consignes de sécurité détaillées ci-dessus.

Enfin, une partie des électrisations sont des accidents de bricolage : pour la plupart des travaux, il est indispensable de couper le courant au niveau du tableau électrique. Cela est bien sûr valable pour les travaux sur l’installation électrique, mais aussi le changement d’une ampoule, le perçage d’un mur, ou toute autre activité qui peut vous mettre en contact avec le courant. De plus, il est recommandé de toujours porter des équipements de protection, notamment chaussures et gants spéciaux.

La réglementation de lutte contre l’électrisation

En France, des efforts considérables ont été faits pour réduire le nombre d’accidents électrique, que ce soit les électrisations ou les départs de feux dus à un défaut d’installation électrique. Plusieurs décisions des pouvoirs publics sont à souligner :

  • le décret du 14 novembre 1962 portant sur la protection des travailleurs dans les établissements qui mettent en œuvre des courants électriques ;
  • la norme française NF C15-100 réglemente les installations électriques en basse tension en France. Mise en place en 1956, elle est modifiée en 1969, devient obligatoire pour tous les logements neufs et impose la prise de terre ;
  • en décembre 1972, l’attestation de conformité des réseaux électriques est rendue obligatoire pour les logements et les établissements agricoles, tertiaires ou industriels neufs ;
  • en 1980, cette norme est modifiée pour réglementer l’utilisation des tableaux électriques. Obligatoires, ils doivent comporter certains éléments (disjoncteurs, interrupteurs différentiels, disjoncteurs différentiels, parafoudre, etc.) et prévoir des emplacements libres pour de futures modifications ;
  • les dispositifs différentiels à haute sensibilité (30 mA) sont obligatoires dans tous les logements neufs depuis mai 1991. Placés en aval du disjoncteur principal, ils coupent le courant au moindre dysfonctionnement, mais seulement sur le circuit qu'ils protègent ;
  • en 2001, l’obligation d’obtenir une attestation de conformité électrique est étendue aux logements ayant subi une rénovation nécessitant une mise hors tension ;
  • la mise en place du Diagnostic électrique obligatoire (DEO) en janvier 2009 qui permet aux acheteurs potentiels d’un logement dont l’installation électrique a plus de 15 ans d’avoir des informations précises sur l’état de cette dernière ;
  • depuis juillet 2017, le DEO devient également obligatoire pour les logements mis en location lorsque leur installation électrique a plus de 15 ans.

L’Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE) créé en 1995 est chargé, entre autres, d’analyser les résultats de ces mesures. Le verdict est sans appel : entre 1970 et 2010, le nombre d’électrisations mortelles en France est passé d’environ 200 à un peu plus de 40 par an. Encouragé par ces avancées considérables, l’ONSE continue ses efforts pour limiter autant que possible les accidents d’origine électrique.