Qu’est-ce que le gaz de schiste ?

Le gaz de schiste, ou « shale gas » en anglais, est un gaz dit « naturel », puisque naturellement présent dans le sous-sol terrestre.

Caractéristiques géologiques

Le gaz de schiste est présent à grande profondeur (en général, entre 2 000 et 4 000 mètres), dans certaines roches argileuses et sédimentaires, riches en matières organiques et structurées en bancs horizontaux épais et feuilletés, appelées schistes (ou shales).

Ces couches sédimentaires sont d’épaisseur variable (en général, quelques dizaines de mètres) et s’étendent sur plusieurs centaines de mètres de long. Le schiste y est faiblement concentré.

L’argile présente dans la roche schisteuse lui confère un caractère imperméable et très peu poreux. Le gaz de schiste est ainsi « piégé » dans la roche qui lui a donné naissance, c’est pourquoi il est aussi appelé « gaz de roche-mère ». Cette imperméabilité rocheuse a pour effet de rendre l’extraction du gaz complexe.

Quelles différences entre gaz de schiste et gaz conventionnel ?

À l’instar des gaz naturels conventionnels, le gaz de schiste est un hydrocarbure essentiellement constitué de méthane (CH4) et principalement utilisé pour le chauffage et la production d’électricité.

La différence réside non pas dans la composition des gaz, mais dans leur emplacement géologique et, par conséquent, leur technique d’extraction.

Les gaz conventionnels

En effet, les gaz naturels conventionnels se sont formés dans des roches sédimentaires, avant de migrer en hauteur dans le sous-sol et de s’accumuler dans des structures géologiques naturelles, appelées « poches-réservoirs ».

Présents en grande quantité et de manière localisée dans ces poches situées à plus faible profondeur, ils sont facilement exploitables grâce aux techniques de forage traditionnelles (forage vertical).

Les gisements de gaz conventionnels constituent la principale source d’alimentation du réseau de gaz naturel en France.

Les gaz non conventionnels

Les gaz non conventionnels, dont fait partie le gaz de schiste, ont la particularité de nécessiter des méthodes d’extraction plus complexes (et par conséquent, plus coûteuses).

Quels sont les différents types de gaz non conventionnels ?

Outre le gaz de schiste, on compte parmi les hydrocarbures gazeux non conventionnels :

  • le gaz de houille, aussi appelé gaz de charbon, présent naturellement dans les veines du charbon ;
  • les hydrates de gaz, ou hydrates de méthane, qui sont emprisonnés à basse température et sous haute pression dans des structures de glace des zones arctiques.

L’ensemble de ces hydrocarbures sont des « gaz de réservoir compact », car ils sont contenus dans des couches de roches très peu poreuses et très peu perméables, à l’inverse des gaz conventionnels qui sont, eux, concentrés dans une cavité rocheuse. Cette particularité géologique les rend particulièrement difficiles à exploiter.

Taux de récupération

En ce qui concerne le gaz de schiste, les difficultés d’exploitation sont liées à sa présence diffuse et étendue dans la roche-mère schisteuse : un puits de forage traditionnel ne drainant qu’un faible volume de roche, il n’est donc pas suffisant pour extraire le gaz en grande quantité.

En raison de leur faible concentration en gaz et de leur structure étendue, les gisements de gaz de schiste présentent un taux de récupération (c’est-à-dire un rapport entre les volumes produits et les réserves disponibles) faible : 20 % à 40 % en moyenne, tandis que celui des gisements de gaz conventionnel oscille entre 60 % et 95 %.

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Exploitation du gaz de schiste : aspects techniques

Comme pour tout hydrocarbure, l’exploitation du gaz de schiste se décompose en deux phases : une phase préalable d’exploration des sols, suivie d’une phase d’extraction.

Exploration des gisements de gaz de schiste

Cette étape est réalisée par la compagnie gazière ayant obtenu une licence d’exploration, généralement à la suite d’un appel d’offres lancé par l’État.

Il s’agit, ici, de repérer et valider la présence d’un gisement, ainsi que de vérifier son caractère exploitable (et rentable), par le biais de nombreuses mesures et analyses.

Les méthodes d’exploration employées dans la recherche de gaz de schiste sont similaires à celles utilisées pour les gisements de gaz naturel conventionnel. Basées sur des techniques de cartographie et de sismographie (imagerie sismique grâce à la génération d’ondes), elles sont mises en œuvre par des ingénieurs, des géophysiciens et des géologues qui vont étudier la composition et la structure du sous-sol, et ainsi établir une sorte d’échographie de celui-ci.

Lorsque la présence d’un gisement de gaz de schiste est confirmée et que celui-ci semble prometteur, la compagnie gazière peut décider de poursuivre les recherches par un forage d’exploration. Il s’agit d’un véritable pari financier : ce type de forage est très coûteux (minimum 3 millions d’euros), mais ne confirme la faisabilité d’une exploitation que dans un tiers des cas.

Quels sont les gisements de gaz de schiste exploitables ?

Plusieurs critères sont à prendre en compte, notamment :

  • l’épaisseur de la couche de schiste : on estime qu’elle doit être au moins de 30 mètres pour que l’extraction du gaz soit économiquement viable ;
  • la composition géologique de la roche : les schistes à plus fort potentiel gazier sont les plus riches en matières organiques (jusqu’à 25 %).

Extraction du gaz de schiste

La méthode traditionnelle d’extraction d’un hydrocarbure consiste à réaliser un forage vertical jusqu’au réservoir, afin que le gaz puisse remonter naturellement, sous l’effet de la différence de pression.

En raison de la présence diffuse et étendue du gaz dans la roche, cette méthode n’est pas applicable au gaz de schiste. Son extraction, plus complexe, nécessite de combiner la technique du forage dirigé à celle de la fracturation hydraulique.

Le forage dirigé

Cette première étape dure environ 2 mois.

  • Après la pose d’un derrick en surface (le bâti métallique qui supporte le trépan servant à forer), présentant une emprise au sol d’un hectare environ, on fore un puits vertical jusqu’à atteindre le gisement situé à grande profondeur.
  • Grâce à une tête de forage rotative inclinable, le forage se poursuit ensuite horizontalement, sur plusieurs centaines de mètres (jusqu’à 2 kilomètres). Cette méthode permet d’optimiser la surface du puits en contact avec le gisement de gaz, sans augmenter l’emprise au sol.
  • Pour limiter le risque de contamination de la nappe phréatique, un tubage en acier est installé sur toute la partie verticale du puits.
  • Dans sa partie horizontale, le tubage est perforé grâce à de petites charges explosives, afin de permettre la récupération du gaz de schiste, une fois le puits mis en production.

La fracturation hydraulique

Faiblement concentré et piégé sous forme de microbulles dans des roches schisteuses peu perméables, le gaz de schiste ne peut remonter naturellement dans le puits : sa remontée en surface nécessite donc d’être « stimulée ».

C’est le rôle que va jouer la fracturation hydraulique, également appelée hydrofracturation ou fracking.

Cette étape dure plusieurs jours. Elle consiste à injecter dans la roche de l’eau additivée à très haute pression (300 à 600 bars), afin de provoquer un nombre important de micro-fractures. Grâce à l’injection de sable à faible granulométrie dans les microfissures de la roche, celles-ci sont maintenues ouvertes.

Le schiste, devenu poreux, permet au gaz de circuler plus facilement jusqu’au puits et d’être ainsi récupéré en surface.

L’opération est répétée de nombreuses fois (en moyenne, 30 fois pour un puits horizontal d’un kilomètre de long).

Une fois cette étape terminée, l’eau injectée est pompée pour être traitée.

Les procédés d’extraction alternatifs

La fracturation hydraulique combinée au forage dirigé est le procédé le plus largement utilisé pour faciliter l’extraction du gaz de schiste. Celui-ci présente néanmoins l’inconvénient majeur d’être extrêmement consommateur en eau.

D’autres techniques d’extraction du gaz de schiste sont donc à l’étude. En France, elles ont d’ailleurs fait l’objet dès 2013 d’un rapport de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques).

Parmi ces procédés d’extraction alternatifs :

  • la fracturation de la roche au propane ou au fluoropropane ;
  • la fracturation sèche à base d’hélium chaud (ou fracturation exothermique non hydraulique), solution développée en région arctique où l’eau gèle facilement, et présentée comme la plus respectueuse de l’environnement en raison de l’absence d’utilisation d’explosifs, de solvants ou encore d’acides ;
  • le chauffage de la roche ;
  • la stimulation par arc électrique.

Focus sur la fracturation au fluoropropane

L’utilisation de fluoropropane en remplacement de l’eau pour fracturer le schiste et faciliter la récupération du gaz est la technique alternative la plus avancée à ce jour.

Plusieurs arguments sont avancés :

  • le gaz fluoropropane n’est pas inflammable à l’état naturel (contrairement au propane) ;
  • grâce à sa faible viscosité, il pénètre mieux que l’eau dans les micro-fractures rocheuses ;
  • il est réutilisable à 95 % (contre 30 % pour l’eau additivée).

Néanmoins, il présente des risques d’émissions de CO2 importantes en cas de fuite et est beaucoup plus coûteux que la fracturation hydraulique, c’est pourquoi les compagnies gazières ne l’ont que peu adopté.

Production du gaz de schiste

Une fois les étapes de forage dirigé et de fracturation hydraulique terminées, le puits peut alors entrer dans sa phase de production.

Le gaz naturel remonte, est éjecté à la surface du puits, stocké dans un réservoir puis acheminé vers un pipeline avant d’être livré.

Cette phase de production « passive » peut durer une dizaine d’années. Il est parfois nécessaire, pour réactiver la remontée du gaz de schiste, de répéter régulièrement l’opération de fracturation hydraulique : on parle alors de multifracking.

Une courbe de production distincte de celle des gaz conventionnels

Contrairement aux gaz naturels conventionnels dont la production est stable dans la durée, la courbe de production du gaz de schiste présente un pic important mais bref dès le lancement de l’exploitation, avant de chuter de façon rapide et continue.

Lorsque l’exploitation d’un gisement est arrivée à son terme, le forage est refermé par de grandes quantités de ciment, pouvant mesurer jusqu’à 100 mètres d’épaisseur.

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Quels sont les impacts environnementaux liés à la production de gaz de schiste ?

L’exploitation des gisements de gaz de schiste a des conséquences multiples et importantes sur l’environnement.

Consommation de l’eau

Le procédé de fracturation hydraulique implique l’utilisation d’eau dans des proportions gigantesques : selon un rapport du Sénat sur le gaz de schiste datant de 2013, entre 10 et 20 millions de litres d’eau en moyenne sont nécessaires pour chaque gisement.

Une consommation intensive qui peut générer des conflits avec les usagers de l’eau à proximité de l’exploitation, notamment les agriculteurs, en particulier dans les régions semi-arides ou souffrant régulièrement de sécheresse (Texas, par exemple). Dans certaines régions des États-Unis où le gaz de schiste est fortement exploité, la nappe phréatique a baissé d’une centaine de mètres en quelques années seulement.

Pollution de l’eau et des sols

En outre, pour optimiser l’efficacité du processus, cette eau est additivée avec :

  • des biocides, dont le rôle est de diminuer la prolifération bactérienne susceptible d’impacter la qualité du gaz et de corroder et dégrader les équipements ;
  • des détergents, afin d’accroître la désorption (par opposition à l’absorption) du gaz et donc augmenter la productivité du puits ;
  • du sable, dont les grains permettent d’éviter la fermeture des interstices créés par la fracturation hydraulique ;
  • des lubrifiants, facilitant la pénétration du sable dans ceux-ci.

À chaque opération de fracturation hydraulique, 300 m3 d’eau contenant 30 tonnes de sable sont ainsi injectés dans le sous-sol.

Seule une partie de cette eau chargée en produits chimiques (80 % dans les meilleurs cas) est pompée et récupérée afin d’être traitée puis recyclée, le plus souvent, dans d’autres puits de forage. Une quantité non négligeable reste donc dans le sous-sol terrestre et contamine peu à peu les nappes phréatiques. S’y ajoutent des polluants utilisés lors du forage, ainsi que, parfois, des fuites de gaz de schiste le long des tubages, en raison d’un défaut de cimentation.

Émission de gaz à effet de serre (GES)

La combustion du gaz de schiste génère moins de CO2 que celle d’autres combustibles, tels que le charbon par exemple. Néanmoins, si l’on prend en compte l’intégralité du cycle de vie, ce gaz n’est pas sans impact sur la qualité de l’air.

Dès 2011, dans Climatic Change Letters, l’universitaire Robert Howarth jugeait l’empreinte carbone globale du gaz de schiste supérieure à celle des gaz naturels conventionnels et même à celle du charbon, en raison de fuites importantes de gaz dans l’air lors de sa production : jusqu’à 8 % de méthane perdu dans la nature. Or, ce gaz présente un potentiel de réchauffement climatique jusqu’à 70 fois plus élevé que celui du CO2 !

Par ailleurs, plusieurs études menées depuis 2015 ont démontré que cette pollution atmosphérique ne s’arrêtait pas au seul périmètre de proximité du gisement, mais pouvait affecter la qualité de l’air à grande distance.

Risques sismiques

La technique de fracturation hydraulique crée des microfissures dans la roche, ce qui a pour effet de la fragiliser. Les opposants à l’exploitation du gaz de schiste dénoncent, notamment, le risque sismique qu’elle génère.

Un exemple très probant : dans l’Oklahoma, où l’on produit intensivement du gaz de schiste depuis une quinzaine d’années, le nombre de tremblements de terre de magnitude 3 ou plus a augmenté de façon spectaculaire, passant de 21 en 25 ans (sur la période 1973 à 2008) à 900 sur la seule année de 2015 !

Plus globalement, les phases d’exploration et d’extraction du gaz de schiste impactent de façon importante les sous-sols des territoires exploités :

  • cimentation massive (les installations de surface devant reposer sur des sols entièrement bétonnés et reliés au réseau de transports routiers) ;
  • risque d’affaissement des terrains ;
  • etc.

Conséquences sur la faune et la flore

Les régions dans lesquelles le gaz de schiste est massivement exploité voient leurs paysages fortement impactés : dégradation des terres, perte de végétation, pollution visuelle…

Cela n’est également pas sans conséquence pour la faune locale, les animaux étant contraints de modifier leurs comportements. Par exemple, il a été observé dans certaines régions que l’exploitation du gaz de schiste avait conduit au chamboulement des voies migratoires empruntées par les oiseaux.

Les enjeux économiques du gaz de schiste

Ressource naturelle présente en quantités très importantes un peu partout dans le monde, le gaz de schiste revêt des enjeux économiques considérables.

Les réserves mondiales de gaz de schiste

Si l’on sait que les réserves mondiales de gaz de schiste sont abondamment réparties dans le sous-sol terrestre, il est impossible de les chiffrer avec précision. En effet :

  • il n’existe pas de norme d’évaluation commune à tous les pays ;
  • dans les zones où le gaz de schiste est déjà exploité, les données chiffrées sont transmises par les industries gazières privées, qui possèdent chacune leur propre méthode de calcul ;
  • en fonction de l’existence ou non de recherches exploratoires approfondies, les données liées à la présence de gisements sont simplement hypothétiques ou, au contraire, certaines et précisément évaluées ;
  • il est probable que tous les gisements de gaz de schiste n’aient, à ce jour, pas encore été découverts.

Typologie des réserves de gaz de schiste

Comme pour tous les autres gaz naturels, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) répertorie les réserves de gaz de schiste en trois catégories :

  • les « réserves possibles » désignent les quantités de gaz supposées d’après les données géologiques à notre disposition, mais qui n’ont pas encore fait l’objet d’une exploration approfondie ;
  • les « réserves probables » concernent les gisements qui ont été explorés mais ne sont pas encore exploités, et qui présentent un potentiel de rentabilité économique d’au moins 50 % ;
  • les « réserves prouvées » désignent les quantités de gaz dont l’existence n’est pas contestable et qui présentent un fort potentiel de rentabilité économique (supérieur à 90 %).

État des lieux des réserves dans le monde

Dans son rapport « Golden Rules for a Golden Age of Gas » portant spécifiquement sur les gaz non conventionnels, l’AIE estime le volume global de gaz de schiste techniquement récupérable à 208 000 milliards de mètres cubes, répartis principalement comme suit :

Zone géographiqueRéserves de gaz de schiste techniquement récupérables
(en milliards de mètres cubes)
Monde208 000
Chine36 000
Amérique Latine33 000
Afrique30 000
États-Unis24 000
Europe (OCDE)16 000
Europe de l’Est / Eurasie12 000
Canada11 000
Source : Agence internationale de l’énergie, données 2011

Les pays les plus gros détenteurs de gaz de schiste sont la Chine, l’Argentine, l’Algérie ainsi que les États-Unis.

En Europe, la France et la Pologne possèdent les ressources les plus importantes. Les réserves françaises, situées dans les quarts nord-est et sud-est de l’hexagone, ont été évaluées à plus de 5 000 milliards de mètres cubes par l’Agence américaine d’information sur l’énergie, en 2014.

Les principaux acteurs du gaz de schiste

En raison de la complexité de son extraction, le gaz de schiste a longtemps été délaissé au profit de gaz naturels conventionnels, plus facilement exploitables.

Face à l’épuisement progressif des réserves d’hydrocarbures traditionnels et à leur répartition inégale sur le globe, de nombreux scientifiques se sont attelés à mettre au point des procédés innovants, permettant d’exploiter de façon rentable des gisements jusqu’alors inaccessibles.

Les États-Unis, pionniers dans l’exploitation du gaz de schiste

Les pionniers en la matière sont les compagnies d’énergie américaines : les forages de gaz de schiste utilisant le procédé de fracturation hydraulique se développent réellement à partir de 2006, et connaissent dès lors une croissance vertigineuse.

Ainsi, alors qu’il ne constituait qu’une infime partie de la production gazière en 2000 (1 % seulement), le gaz de schiste représente 23 % de la production de gaz américaine globale dès 2010, et pourrait atteindre 50 % d’ici l’année 2030.

Ce boom du gaz de schiste a permis au pays de redevenir en 2018 exportateur net de gaz, pour la première fois depuis 1957.

La législation américaine facilite l’exploitation du gaz de schiste

Aux États-Unis, le propriétaire d’un terrain est propriétaire de son sous-sol (comme en France), mais également de ce qui s’y trouve (du pétrole, du gaz, etc.). Cette particularité facilite les démarches des industriels de l’énergie qui, lorsqu’ils souhaitent exploiter un terrain, ont uniquement à négocier avec son propriétaire.

Les compagnies gazières engagées dans l’exploitation du gaz de schiste

Les premiers forages à fracturation hydraulique ont été réalisés par des entreprises innovantes de taille modérée. Rapidement, devant la manne financière que représentait cette ressource naturelle désormais plus aisément exploitable, les grandes industries gazières américaines se sont, elles aussi, lancées dans la production de gaz de schiste. Parmi elles, on compte ExxonMobil, ConocoPhillips ou encore Devon Energy.

Depuis une dizaine d’années, les compagnies européennes exploitant du gaz naturel conventionnel cherchent également à investir dans la production de gaz de schiste. Le français Total, par exemple, a obtenu une licence d’exploration pour un gisement situé en Ardèche (annulé en 2011 par l’État) et acquis une participation de 25 % dans le gisement texan de Barnett Shales.

Les autres parties prenantes

Parmi les autres acteurs du gaz de schiste, on compte notamment :

  • GASH, un consortium européen de recherche interdisciplinaire sur le gaz de schiste, créé en 2009 et ayant vocation à établir une base de données européenne sur les schistes noirs ;
  • le Gas Exporting Countries Forum, un forum intergouvernemental regroupant les pays exportateurs de gaz ;
  • CEDIGAZ, une association internationale à but non lucratif ayant pour rôle de recueillir des données de marché précises et des analyses sur le gaz naturel, et notamment sur le gaz non conventionnel.

Enjeux géostratégiques

Alors que les réserves de gaz naturel conventionnel sont concentrées sur quelques pays seulement (notamment la Russie, qui en détient 20 %), la présence du gaz de schiste un peu partout sur la planète rebat les cartes du marché mondial de l’énergie.

L’exploitation des ressources naturelles en gaz de schiste est perçue par ses défenseurs comme un excellent moyen, pour les pays jusqu’alors petits producteurs de gaz, de réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis des autres pays.

Plus globalement, la production croissante et rapide de gaz de schiste américain a eu des conséquences sur l’ensemble du marché de l’énergie. En voici un exemple :

  • aux États-Unis, les producteurs de gaz de schiste ont rudement concurrencé les producteurs américains de charbon, qui se sont vus contraints d’écouler leurs excédents à l’international ;
  • en conséquence, en Europe et notamment en France, les prix du charbon ont baissé, conduisant à une augmentation de la consommation de ce combustible (et par ricochet, des émissions de gaz à effet de serre).

À l’heure actuelle, le gaz de schiste est essentiellement produit aux États-Unis. Les questions écologiques que l’exploitation de ce gaz soulève ont, pour l’instant, freiné les autres pays à s’engager dans une production intensive. Si ces freins venaient à être soulevés dans les années à venir, on imagine aisément le bouleversement que cela représenterait en matière de géopolitique gazière et énergétique.

La question de la rentabilité économique

Pour pondérer ces propos, il convient néanmoins d’évoquer la rentabilité réelle et supposée du gaz de schiste, si celui-ci venait à être exploité dans d’autres territoires, tels que la France.

En effet, plusieurs facteurs peuvent influer sur la rentabilité de cette nouvelle industrie :

  • les quantités réelles des ressources ne peuvent être connues qu’après la réalisation de coûteux forages. Le caractère très hypothétique des réserves de gaz de schiste disponibles rend les investissements risqués. Ainsi, après une première étude en 2013 estimant la valeur actuelle nette du gaz de schiste sur le territoire français à 224 milliards d’euros, l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) a révisé son estimation de façon spectaculaire deux ans plus tard, la chiffrant à 15 milliards d’euros seulement, soit 15 fois moins !
  • une réglementation plus stricte ;
  • des oppositions plus fortes de la part des mouvements et associations environnementales ;
  • des réseaux routiers moins adaptés aux infrastructures (routes moins larges) ;
  • une plus forte densité de population, obligeant les producteurs gaziers à adapter leurs installations, ce qui engendrerait des coûts supplémentaires ;
  • une fiscalité différente (la fiscalité américaine, avantageuse lors de la première année de production, convient parfaitement à l’exploitation de ce gaz dont le rendement est décroissant) ;
  • etc.

Ainsi, en prenant compte les différents paramètres, un puits européen coûterait deux à trois fois plus cher qu’un puits américain, à production équivalente : de quoi impacter la rentabilité de l’opération.

Dans les pays européens produisant déjà du gaz de schiste (Grande-Bretagne, Pologne ou encore Danemark), les premiers retours semblent d’ailleurs mitigés, aussi bien en matière de coûts et de délais de mise en œuvre, que de création d’emplois.

Gaz de schiste : où en est-on en France ?

Dans notre pays, le sujet du gaz de schiste fait l’objet de vives controverses, entre partisans d’un libéralisme énergétique et fervents opposants à la fracturation hydraulique et à ses conséquences néfastes sur l’environnement.

La réglementation française

Si les gouvernements successifs ont eu des positions parfois contradictoires, il n’en demeure pas moins que la France a été le premier pays européen à interdire l’exploration et l’exploitation des mines hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique, avec la loi Jacob du 13 juillet 2011 (confirmée par le Conseil constitutionnel à l’automne 2013), rendant de facto la production de gaz de schiste impossible sur le territoire.

La promulgation de cette loi a également entraîné l’abrogation de 3 des 64 permis d’exploration délivrés l’année précédente par Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’Écologie.

Quelles sont les recommandations européennes en matière de gaz de schiste ?

En 2014, la Commission européenne a présenté son rapport en matière d’exploration et de production d’hydrocarbures par fracturation hydraulique : il s’agit uniquement de recommandations non contraignantes.

Une opposition forte

L’opinion publique est globalement en défaveur de l’exploitation du gaz de schiste : dans un sondage BVA réalisé en 2014, plus de 6 Français sur 10 ont déclaré y être opposés (dont 31 % fermement opposés).

Depuis 10 ans, les militants écologiques n’ont de cesse de dénoncer les risques environnementaux, sanitaires et sismiques induits par la production de ce gaz non conventionnel.

En outre, ils craignent que l’exploitation du gaz de schiste en France soit un frein aux investissements pour le développement des énergies renouvelables, si nécessaire à la transition énergétique et à l’atteinte des ambitions portées par la loi Énergie-Climat (loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat), fixant notamment :

  • la part des énergies renouvelables à hauteur de 33 % du mix énergétique d’ici 2030 ;
  • une diminution de 40 % de l’utilisation des énergies fossiles d’ici 2030 (par rapport à 2012).

Malgré l’interdiction de la fracturation hydraulique dans notre pays, le gaz de schiste est entré sur le territoire par une porte dérobée : en effet, la France importe du gaz de schiste américain (sous forme de gaz naturel liquéfié, appelé GNL) depuis l’automne 2018. Elle en est même le premier importateur à l’échelle européenne.

Pour conclure

Le gaz de schiste est un gaz naturel présent en très grandes quantités, un peu partout dans le monde. Si la complexité de son extraction (liée à sa présence diffuse dans la roche) a longtemps découragé les industriels de l’exploiter, la mise au point d’une technique innovante combinant le forage dirigé et la fracturation hydraulique a définitivement lancé sa production à partir des années 2000. Les États-Unis sont actuellement les premiers producteurs mondiaux du gaz de roche-mère.

Néanmoins, les méthodes de production de ce gaz non conventionnel soulèvent des questions environnementales et sont vivement controversées, notamment en France, qui possède des réserves conséquentes. La loi Jacob a d’ailleurs interdit dès 2011 la fracturation hydraulique sur le territoire. Si des procédés d’extraction alternatifs sont à l’étude, la production de gaz de schiste dans notre pays est donc, pour l’instant, inexistante. Ce qui n’empêche pas la France d’en importer depuis les États-Unis et les foyers français d’en consommer : un véritable paradoxe politique et écologique.

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